GR 30 - jour 2
Du Lac de Servières à Recoleine
Samedi 27 septembre 2025
Une nuit très courte avec un ronfleur particulièrement en forme dans le dortoir. Heureusement le trajet prévu aujourd'hui est le plus court, afin de récupérer après les 3 ascensions difficiles de la veille. Je pense que ce sera une excellente journée avec un soleil qui ne demande qu'à se montrer : en route pour Recoleine tout juste à 15 kms du Café du Lac de Servières.
Lever vers 7h45 après une nuit presque blanche. Je compte partir tôt afin de profiter du soleil qui pointe le bout son nez, aussi je ne perds pas de temps au petit-déjeuner. Juste après, je récupère mon panier pique-nique (le propriétaire du gîte est très généreux). Je m'aperçois alors que j'ai peut-être emporté trop de nourriture (acheté à la Bourboule la veille), trop de "au cas où j'aurais faim".
Quarante-cinq minutes plus tard je suis dehors et je constate que la journée sera bien différente de la veille : la vue sur les montagnes et la campagne est formidable et porte loin. Un peu frais, c'est vrai, mais nous sommes en automne.
Aujourd'hui pas de smartphone pour les photos : je le remplace par mon Canon EOS R7 car je veux garder des souvenirs de ma pérégrination sur le GR. Je n'ai pris qu'un seul objectif, le pancake Canon 24mm f/2.8. Il va se révéler particulièrement efficace pour capturer les paysages sous toutes les lumières.
C'est parti ! La première "ascension", au sortir du Café, est une courte côte de 200m, et pourtant je la sens passer dans les mollets qui sont un peu froids. Je vais plein Est, à travers la forêt en direction du lac de Servières. Je ne rencontre absolument personne et j'arrive dans un paysage qui se réveille rien que pour moi semble-t-il. Une légère brume flotte encore à la surface du lac et la forêt alentour est endormie. Je profite et apprécie encore quelques minutes avant de repartir vers le Nord, à travers la forêt de sapins du Puy d'Augère.
Au sortir de la forêt, je vois pour la première fois la chaîne des Puys se dessiner : tout au loin, le Puy de Dôme, au milieu celui de Pourcharet (de forme arrondie) puis vers la gauche et légèrement marron celui de Lassolas. Recoleine est au pied du Puy de Pourcharet, aussi ai-je une vue sur la balade de cet après-midi jusqu'à mon gîte. Enfin, une légère brume vient renforcer l'impression de tranquillité de la campagne en ce samedi matin.
Sur la photo ci-dessous, je vois maintenant qu'il y avait un petit groupe de cervidés, peut-être des biches qui, elles, m'avaient vu et ont fui.
Pendant que je profite du paysage, je suis rejoint par deux jeunes randonneurs qui ont bivouaqué au lac de Servières et qui sont, malgré eux, accompagnés de deux chiens échappés d'une ferme. Je marche moins vite que cette petite troupe et je les laisse me dépasser. D'autant que les chiens sont imprévisibles et effraient littéralement toute la faune de la forêt. J'ai même sauvé la vie d'un lapin qui était pris en chasse, en m'interposant.
Je passe par des décors vallonnés où la vue est juste limitée par les collines qui m'entourent et les hautes haies qui bordent les prairies. Parfois des vaches lèvent la tête ou bien des chevaux au loin. J'en prends plein les yeux et je suis servi quand, au sud d'Orcival, le panorama se referme sur le Puy de l'Ouire. Je lui garde une petite rancune car je sens toujours les effets du petit raidillon dans les jambes. La montagne ça se mérite et ce n'est pas qu'une balade !
Il se peut que les Auvergnats ne soient pas d'accord sur ce point, car la veille, au lac de Servières, deux jeunes personnes du coin partaient "se balader" alors que les conditions n'étaient pas idéales. En parlant avec eux, je voyais bien que nos référentiels étaient différents en terme de difficulté 😊
Je prends mon temps pour arriver à Orcival, pour profiter à fond des paysages et aussi parce que les 2 chiens errants sont à quelques centaines de mètres devant et je préfère qu'ils restent avec leur nouveaux maîtres.
Tout est prévu pour les randonneurs à Orcival : une table de pique-nique à l'entrée sud (où je fais la pause de mi-matinée), une épicerie, un bar, deux hôtels. Pour cette halte, je me suis gardé un bon morceau de Saint-Nectaire. Je dois avouer que c'est un fromage que je mangeais peu avant cette aventure et qui depuis est dans mon top 5.
Après 30mn, je repars et visite tranquillement le village qui, hors du temps, est très calme pour un samedi matin. Le soleil est franchement présent et il fait même un peu chaud. Orcival est un magnifique petit village niché dans un creux et entouré de plusieurs forêts.
Au centre bourg, il y a la basilique Notre-Dame-Des-Fers, qui conserve sur un mur des boulets laissés par des prisonniers que la vierge Marie aurait libérés. J'aperçois, assis à la terrasse du bar, les deux jeunes randonneurs ... et tout à côté, les chiens : Tout le monde profite du lieu pour faire une pause car randonner c'est surtout profiter !
Je sors du village par la rue un peu pentue de Cordès, pour me diriger vers le chemin franchement raide qui mène à une petite chapelle isolée, sous les arbres. J'entame la conversation avec une jeune Orcivaloise qui vit ici depuis 4 ans. Elle promène son chien et me dit faire de la course en pied de temps en temps dans ce cadre ô combien magnifique mais surtout très escarpé. Je suis impressionné !
Elle m'apprend beaucoup de choses sur la vie en Auvergne, dans un village isolé l'hiver et touristique l'été. Il faut un sacré caractère à cette jeunesse pour venir s'installer dans un village du Parc Naturel des Volcans d'Auvergne. C'est vraiment très beau mais l'isolement n'est pas une notion ici, c'est une réalité à 30 km de Clermont-Ferrand.
Nous nous quittons après 1 ou 2 kms, elle part vers le Sud dans une forêt et moi vers l'Est à Juégheat. Pas trop vite, surtout : je fais quelques photos du Château de Cordès que l'on aperçoit au Nord. Je suis alors rattrapé par les deux randonneurs garde-chiens-évadés. Ils ont réussi à joindre les propriétaires et ont confirmation que les animaux se sont échappés d'une ferme près du lac de Servières. Ils ont reçu la consigne de leur faire peur afin qu'ils retournent chez eux à 7 kms de là. Mais ces deux marcheurs ont trop bon cœur et n'osent pas effrayer les animaux. Avant de les quitter ils me disent que le soir ils seront au lac d'Aydat, à 26km de là ! Ils ont un très bon pas, et je ne les revois plus, ni les chiens d'ailleurs...
Vers 11h30, j'entre dans le lieu-dit Juégheat, par la haut du village, après avoir traversé une charmante petite forêt. J'ai une vue incroyable sur la chaîne Nord des Puys et en contrebas quelques maisons. La vie ici semble très paisible. A la sortie du village, je m'installe sur l'unique table de pique-nique, avec panorama, pour la pause de mi-journée.
Un jeune couple et leurs enfants, qui vivent dans une ancienne ferme, passent près de moi et nous discutons un peu de la chance qu'ils ont d'avoir un tel panorama.
Vers 12h15, je vois arriver par le même chemin que moi les huit montpelliérains rencontrés la veille au Café du Lac de Servières C'est une nouvelle occasion d'échanger, notamment sur leurs doutes quant à mon barda qui est vraiment énorme comparé à leurs sacs. Même si je suis d'accord sur ce que cela ajoute à la fatigue et l'usure du corps, cela n'entame pas mon moral qui en ce lieu est bien évidemment au top
Il est 13h, je repars en direction de Voissieux, sous un ciel qui se couvre et fraîchit. Le paysage est moins vallonné, bien que ce ne soit pas la plaine. C'est un bocage où paissent des chevaux, des moutons et des vaches. Ces dernières sont à la fois surprises et blasées en me voyant.
Au sortir de Voissieux, le chemin passe sur la Sioule (un petit cours d'eau sinuant à travers le bocage qui prend sa source au lac de Servières) puis monte vers Neuville. Je ne dois pas cacher que c'est difficile, chargé comme je le suis. Je traverse Neuville, vers 14h où je parle une dernière fois avec les Montpelliérains qui font leur pause de mi-journée. Eux se rendent à Laschamps, à une dizaine de kms au nord-est. Pour ma part, je dois encore faire 4 kms et j'ai hâte d'arriver car les jambes sont de plus en plus lourdes.
Le GR se rapproche toujours un peu plus des Puys. Côté météo, le soleil se montre franchement et les nuages s'élèvent.
Au détour d'un chemin, je tombe nez-à-nez avec un faisan qui va me tenir compagnie, en quelque sorte, pendant 400 m. Il file devant moi et m'attend à chaque virage, jusqu'au bas de la pente où un champ semble suffisamment sûr pour qu'il se cache. Encore 2 kms de paysages vallonnés avec même un gué à traverser et me voici à mon gîte, il est 15h30.
Marie, qui tient les gîtes Au cœur des Puys à Recoleine me rejoint pour m'installer et me présenter les lieux : je recommande vraiment cet endroit que ce soit en randonnée ou pour une visite de l'Auvergne seul, en couple ou en famille. Je loge dans une partie de l'ancienne étable de ses grands-parents. Il y a un confort de fou pour un randonneur qui avait hâte de se reposer. Nous parlons de la vie en Auvergne, du temps exécrable auquel j'ai échappé la semaine dernière, et des endroits que je vais voir ces prochains jours. Elle m'indique particulièrement la chapelle située au-dessus du village pour son panorama. Enfin elle insiste pour que demain je gravisse les Puys de Lassolas et de la Vache, car les paysages sont tout simplement exceptionnels. Je ne me suis pas encore fixé si je devais gravir ces derniers ou pas car j'ai une légère sensation dans le genoux et je veux me ménager pour aller au bout: je déciderai après une nuit de sommeil
Il est encore tôt cet après-midi, aussi, malgré une ampoule naissante sous le petit orteil droit, je décide d'aller voir cette Chapelle de Recoleine. C'est à quelques centaines de mètres mais ici les pentes sont toujours abruptes et je tiens à souligner que j'ai déjà 32 kms dans les pattes : ce qui est énorme pour moi ! Marie, mon hôtesse, a quand même bien fait d'insister car le point de vue est vraiment à couper le souffle.
Vers l'Ouest s'étend une grande plaine avec au loin le Puy de l'Ouire qui matérialise mon départ. A gauche, vers le Sud, une autre plaine en direction du Massif du Sancy qui est le terme de mon périple. Je prends le temps de mesurer l'effort accompli et celui qu'il me reste à produire. J'ai beaucoup de doutes à ce moment précis car mon sac est trop lourd et mon corps très fatigué. Heureusement, en rentrant au gîte, je contacte mon lieu d'arrivée de demain et ils me confirment pouvoir conserver une partie de mon chargement : Ouf!!
Avant de terminer cette page, je tiens à remercier sincèrement Marie pour sa disponibilité et la qualité de son accueil. J'espère un jour pouvoir revenir à Recoleine.
Bilan de cette journée
- Des doutes quant au nombres de kilomètres et aux dénivelés que je pourrais supporter
- Quels paysages ! C'est au delà de ce que j'avais imaginé : Moral au top !
- Ravi de mon gîte qui est topissime
- Aucune crampe, bien que je sente toujours les courbatures et une toute petite ampoule sous le petit orteil droit (bien gênante). Je pratique des étirements qui me soulagent